Auto-psy : la drôle de vie d'une gamine solitaire

Et si on retournait au théâtre ? Curiosité en bandoulière, il y a mille et une façons de le faire... en délicieuse compagnie.

Katia Juilliard, en tout cas, répond volontiers présente. Après Addition au Festival de la cour du Vieux Temple, j'ai eu l'envie d'évoquer un autre spectacle qu'elle a mis en scène et que j'avais vu début janvier :  Auto-psy (De petits crimes innocents). Sa source ? Un texte de Gérald Gruhn, venu lui-même assister à une représentation récente, à la Basse Cour de Grenoble. Katia, intéressée par la parole féminine dans les monologues d'auteurs contemporains, a noué une relation de confiance avec Aurélie Preux, chargée d'incarner les différentes facettes du personnage de Lolotte. Cette étrange fillette vit à l'écart des autres, avec un oreiller pour seul ami. Elle dort dans un placard : c'est son unique point commun avec Harry Potter. Rien de magique dans son univers, mais mieux vaut vous laisser découvrir la pièce plutôt qu'en détailler toute l'intrigue. J'ajoute tout au plus que la protagoniste prend de l'âge et devient alors... oui, je crois que le titre du récit le laisse deviner !

Il se pourrait que quelque chose de plus sombre se cache derrière le sourire de Lolotte...
(c) Photo : Renaud Guilhou

Une chose est sûre : Aurélie Preux est très heureuse de se glisser dans la peau de cette drôle de gamine. Sa performance m'a paru digne d'éloges, a fortiori lorsqu'elle m'a appris que le rôle devait initialement être distribué à trois comédiennes. Impossible de ne pas remarquer qu'il comporte une dimension physique et réclame de l'interprète une certaine souplesse. Aurélie relativise, sourit et souligne vite qu'au départ, elle jouait une "version longue" de ce spectacle désormais raccourci. Les quelque 80 minutes qu'elle passe désormais au plateau suffisent à son enthousiasme, qu'elle compte bien partager avec un public constamment renouvelé. Formée à l'improvisation, elle juge primordial et agréable de créer une connexion et une interaction, sans toutefois aller jusqu'à trahir le texte. "Chaque représentation est différente, estime la comédienne. Selon les dates, mon jeu pourra varier en fonction de ce que je ressens de la salle. C'est subjectif, bien sûr. J'essaye de l'adapter à ce ressenti, précisément, plutôt que d'entraîner les spectateurs dans une direction que j'aurais choisie et leur imposerais. L'idée est que le public, dans sa majorité, décide librement de là où il a envie d'aller, avec moi !". Aurélie évolue ainsi sur un fil...

Elle espère à tout le moins que chacun comprendra qu'Auto-psy mérite d'être entendu au second degré. Que l'humour noir n'est pas méchant. Elle s'amuse beaucoup, quoi qu'il en soit, et a donc fait le pari d'un plaisir résolument communicatif. Ouf ! Pour l'heure, en dépit de l'ambivalence du propos, c'est de joie partagée qu'il est le plus souvent question au sortir des représentations de la pièce. "Oui, en général, le public adhère, confirme Aurélie. Il comprend bien que ce qu'on raconte n'est pas seulement drôle, puisqu'il est d'abord question d'une petite fille livrée à elle-même. Quant à moi, si je la trouve agréable à jouer, c'est parce je lui prête à la fois une folie et une forme d'innocence. Quand elle fait une mauvaise action, on peut se dire que ce n'est jamais totalement de sa faute. C'est ce qui explique, à mes yeux, qu'elle garde toujours quelque chose d'attachant". Pour rire, donc, et bien marquer aussi les évolutions du personnage, l'interprète s'appuie sur le texte et sa large panoplie technique. Des silences, quelques mimiques, une évolution de la voix... Lolotte prend vie et grandit de manière crédible. Aurélie aimerait qu'elle fasse aussi penser à d'autres enfants, bien réels ceux-là, et dont les "grands" doivent prendre soin !

On comprend bien vite que le monde de cette gamine est pour le moins... étriqué !
(c) Photo : Daniel Jourdanet

Cette double nécessité d'éduquer et d'être doux avec les plus jeunes d'entre nous, c'est également ce que Katia Juilliard tient à transmettre avec ce travail. "J'estime en effet important de garder à l'esprit que les enfants sont les adultes de demain, souligne la metteure en scène. Les aimer et les aider à grandir, c'est ce qu'il faut faire pour qu'ils deviennent de bons adultes. Des gens qui feront avancer notre société vers le haut. Et je suis vraiment convaincue que ce message passe mieux par le rire". D'où son envie toujours renouvelée de porter sur scène un texte qu'elle adore - et dès lors de le rendre accessible à tous. L'envie de collaborer pour cela avec Aurélie, elle, était ancienne, puisqu'elle date d'il y a déjà une quinzaine d'années. L'histoire est belle : dans un tout premier temps, Katia n'avait pas parlé de ce projet à son amie, faute d'avoir convaincu une autre jeune actrice de partager le rôle de Lolotte. C'est finalement la comédienne qui, un beau jour, a évoqué ce texte comme le support possible d'une création commune. Les deux femmes se sont alors entendues sur la manière de faire ! Bien évidemment, cette harmonie repose également sur une perception équivalente de ce qu'Auto-psy énonce ou suggère.

Pour le reste, Katia pressentait qu'Aurélie serait à la hauteur de ses attentes. Le spectacle actuel est le fruit de leur travail commun, chacune des partenaires apportant son envie, ses compétences et ses idées. "Ce que je trouve vraiment chouette avec Aurélie, c'est qu'en bonne improvisatrice, elle ne refuse jamais d'explorer une nouvelle manière de jouer, assure Katia. Nous ne tombons pas toujours d'accord, mais c'est donc bien grâce à elle que j'ai eu envie de faire évoluer le monologue théâtral vers autre chose, qui permette d'aller chercher le public. Tout cela en respectant le texte et son auteur, naturellement !". Concrètement, rien n'a été retranché à l'écrit : le travail d'adaptation a consisté à ajouter des éléments plutôt qu'à en retirer. La metteure en scène promet toutefois que la version qu'elle cherche à diffuser aujourd'hui a été conçue dans une logique artistique et pragmatique, afin de ne pas rebuter les possibles programmateurs pour une raison de durée du monologue. L'équilibre qui a été trouvé lui convient, visiblement, et elle se plaît à affirmer que le seul-en-scène que chacune et chacun imaginent découvrir... n'en est pas vraiment un. Sur ce point, motus : je préfère laisser à mes lecteurs quelques surprises. Le spectacle n'en manque pas, y compris dans tout ce qui relève des accessoires, peu nombreux, mais aussi bien conçus qu'étonnants. Ils peuvent servir dans diverses configurations de scènes. Et de fait convenir aux plus petites - entre autres !

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Prochain rendez-vous en janvier ?
Pour l'heure, il n'est malheureusement pas possible de (re)voir Auto-psy (De petits crimes innocents) dans un théâtre isérois. La pièce est toutefois programmée au Théâtre de l'Astrolabe, à Sorgues (Vaucluse), les 30 et 31 janvier prochains. Avant cela, ce projet sera à l'affiche de l'Humoristik, un café-théâtre de Montélimar, dans la Drôme et dès le 12 décembre !

Bon à savoir : sur sa page Facebook, Katia Juilliard annonce régulièrement les dates de la compagnie des Chats-Garous. Addition sera rejouée au Domaine de Vivier, dans la Drôme, dimanche, puis aux Théâtrales de La Tour-du-Pin le 25 octobre.

Une autre première est par ailleurs à venir...

Autant vous dire sans attendre que les Chats-Garous reviennent bientôt sur scène avec Ranger, pièce de Pascal Rambert. Katia Juilliard a de nouveau fait appel à Daniel Quilez, vu notamment dans Addition, pour ce seul-en-scène. La première est annoncée au café-théâtre La Guinguette de Fontaine dimanche 18 octobre, à 17h00. Là où j'avais découvert Auto-psy...

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