Beau Sexe : du rock bien éloigné de toute idée machiste !
Festival de la Cour du Vieux Temple 2026 - Grenoble
(épisode 15)
"J'déclare pas avec Aragon... qu'le poète a toujours raison. La femme est l'avenir des cons... et l'homme n'est l'avenir de rien". Sortie en février 1980, Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ? est sans nul doute l'une des chansons les plus énervées de Renaud. S'il peut lui arriver de citer l'éternel titi, je ne suis pas sûr que Xavier Bray en fasse sa toute première référence musicale. Disons en tout cas qu'aujourd'hui, il préfère parler des femmes autrement. S'il pouvait revenir en arrière, il se peut même qu'il choisisse un autre nom que Beau Sexe pour le groupe qu'il forme - depuis 12-13 ans - avec son pote Virgile Pegoud. Son espoir : que le public du Festival de la Cour du Vieux Temple ne lui en tienne pas rigueur avant son concert, le 25 août.
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| Beau Sexe, c'est l'histoire de deux copains, Xavier Bray à la guitare et Virgile Pegoud à la batterie. (c) Photo : Nathalie Marest |
Xavier plaide encore coupable : il avait une vision erronée parce qu'incomplète de cet illustre rendez-vous de la pré-rentrée culturelle grenobloise. "Je croyais que c'était un festival de théâtre, admet-il. J'ai donc été surpris, mais content d'apprendre qu'il était possible de venir faire un peu de rock'n'roll dans la cour du Vieux Temple, ce lieu que je trouve magnifique. Les arbres sont majestueux et j'ai hâte à présent de voir où se trouvera la scène". Xavier connaît Emmanuèle Amiell, la directrice artistique du Festival, depuis longtemps - une trentaine d'années, déjà. "Elle travaillait alors dans la compagnie d'Yvon Chaix pour laquelle je collais des affiches ! Virgile, mon partenaire, a bossé avec elle, lui qui est aussi dans le théâtre depuis toujours". C'est en revanche la première fois que Beau Sexe se produira dans le cadre prestigieux de l'ancien couvent des Minimes. "On est surtout dans les bars, devant des gens qui parlent et qui mangent. Ça fera plaisir de jouer devant un public qui écoute !".
Xavier n'était plus venu au Festival comme spectateur depuis une éternité. Le souvenir qu'il en garde est positif, mais flou. C'est en rigolant qu'il explique qu'il va devoir traverser Grenoble sur son vélo, lui qui habite le quartier des Eaux Claires. Qu'on se rassure : du côté musical, il peut se targuer d'une belle expérience. "J'ai toujours écrit de petites chansonnettes. Puis, un jour, je me suis demandé pourquoi je n'en ferais pas quelque chose de plus sérieux". La passion est devenu un métier. Aujourd'hui, l'auteur-compositeur-interprète n'est plus intermittent du spectacle, mais il n'a pas renoncé à se faire plaisir grâce au duo qu'il forme avec son ami. "Virgile et moi jouions déjà ensemble jeunes, lui à la guitare, moi à la batterie. Désormais, on a échangé nos instruments. Il a fallu attendre deux ans avant de pouvoir faire un premier concert de Beau Sexe. On avait sept chansons, à l'époque. Aujourd'hui, on poursuit notre petit bonhomme de chemin, en sortant un EP de 4-5 titres tous les deux ans, à peu près. Il y a peu, pendant des vacances avec nos enfants, on a enregistré deux morceaux dans un studio de New York !". En plus de l'amitié, c'est visiblement l'enthousiasme qui guide les deux camarades dans leur démarche créative. Xavier reconnaît que, parfois, il a le sentiment de prendre l'ascendant sur Virgile, comme le ferait le leader autoproclamé d'un groupe de rock. "Quand j'ai une idée en tête...". Il reste malgré tout très accessible au quotidien, promis...
Les influences musicales de Beau Sexe ? Il faut essentiellement les chercher dans ce que certains critiques réputés présentent comme un âge d'or pour le rock français : les décennies 80 et 90, "notre madeleine de Proust". En trois noms seulement, Xavier couvre un champ assez large de cette pas-si-lointaine époque : "Bashung, Téléphone, Starshooter". Admiratif, il en parle avec emphase et fort du sentiment d'une appartenance commune : "C'est vraiment notre famille". Inutile d'y voir une quelconque fibre patriotique, puisqu'il cite également Robert Smith, le meneur ébouriffé de The Cure. "J'ai tellement kiffé sa musique ! Cela dit, je n'étais pas d'accord avec lui quand il affirmait que le rock français est moyen. Franchement, qu'il essaye : ce n'est pas si facile de chanter des paroles francophones sur des guitares saturées un peu fortes !". Par ailleurs, Beau Sexe défend aussi les couleurs du blues anglo-saxon, jusqu'à Creedence Clearwater Revival ou ZZ Top. Et Xavier fait encore quelques découvertes tardives, comme par exemple celle de Frank Zappa, "il y a cinq ans seulement". Son éclectisme, assumé, le conduit même à vouloir adapter certains classiques de Jacques Brel à sa pratique en solo. Pas question toutefois d'abandonner Virgile sur le bord du chemin ! C'est sûr : le groupe a encore un bel avenir devant lui. Les copains qui le forment ne cherchent même pas à élargir le cercle, tant ils trouvent confortable de se retrouver à deux !
Xavier ne cache pas que, parmi ses diverses sources d'inspiration, il aime explorer la grande question de la dualité. Apparemment, il n'a pas (trop) d'état d'âme quand il explique que sa propre fille trouve le nom "Beau Sexe" un peu ringard. "On essaye de se déconstruire un peu, assure-t-il. Je n'ai pas eu d'autre modèle que celui de la génération chiraquienne réac. Bon... j'exagère un peu. Disons que la société évolue : la question de la place des femmes est vraiment centrale, désormais". L'artiste ne se plaint pas, l'homme non plus, qui rend hommage "à nos compagnes, nos mères, nos soeurs, nos cousines". De là à orienter ses textes en fonction d'un message militant à faire passer, il y a un pas qu'il ne franchira pas forcément. La défense des grands principes, il la laisse à d'autre et par exemple à sa copine : "Je l'admire. Elle est de tous les combats. En fait, c'est ma vie qui défile dans ce que j'écris. Je me suis mis à le faire plus souvent, et pas seulement pour des chansons. Payer un psy, c'était trop cher pour moi ! Avant, j'étais sur le thème éternel du blues : je t'aime et tu t'en vas. Aujourd'hui, je parle de ma famille, de mes amis... j'aime beaucoup la chanson réaliste, très simple. Je pense que ça peut parler à pas mal de gens". Cela n'empêche pas l'esthète d'écouter des choses plus complexes, telles les oeuvres d'un certain Jean-Louis Murat. Musicalement, ouf ! Virgile et lui se complètent bien et travaillent spontanément en bonne harmonie : "On se retrouve fréquemment chez lui pour un boeuf. J'enregistre des riffs, je les reprends dans un petit logiciel, les mets en boucle et m'installe ensuite à ma table pour écrire les paroles. Cela va me prendre cinq minutes, une heure ou tout un après-midi. Il arrive parfois que je bute sur deux syllabes". Pas de solution-miracle en pareil cas, mais d'avoir un temps pratiqué le journalisme gonzo l'aidera éventuellement à s'en tirer. En concert, sans filet, Xavier espère surtout avoir une bonne connexion avec le public...
À Grenoble, cour du Minimistan mardi 25 août, à 19h00.
Et ensuite (entre autres)... à l'Absinthe (Voiron) le 23 octobre et à l'Ampérage (Grenoble) le 19 décembre.
Sur Internet : le profil Facebook du groupe / son compte Instagram / la page Youtube de Xavier Bray.
Édition 2026 - Grenoble, du 22 au 28 août
Minimistan : Cour Marcel-Reymond, rue des Minimes
Auditorium Olivier-Messiaen : 1, rue du Vieux Temple
Programme complet : sur le site du Festival et sur sa page Calaméo.
+ d'autres interviews liées au Festival :
1 - Emmanuèle Amiell, sa directrice artistique,
2 - Émilie Llamas, chanteuse du groupe Les Kitschissimes,
3 - Florie, chanteuse et guitariste solo (À voix nue),
4 - Hélène Gratet, conceptrice et comédienne de Shakespeare in songs,
5 - Marion Bounaix, Valérie Scibetta et Gaëlle Sonnier, chanteuses de la chorale Timbawo,
6 - Lionel Damei, chanteur et comédien du spectacle Mon truc en plume d'auteur.e.s,
7 - Daniel Martin, Fernand Catry et Bastien Lombardo, du groupe AutOradiO,
8 - Laurent Galasso et Christophe Scalisi, du groupe Lautof,
9 - Jean Guillaud, du collectif Les Barbarins Fourchus (Pasha Disco Club),
10 - Grégory Faive, concepteur et comédien de Pourvu qu'il nous arrive quelque chose,
11 - Chappi, chanteur et musicien du groupe Astroficus (Horizons partagés),
12 - Violaine Soulier, chanteuse et musicienne des Swingirls (Rêvolutions),
13 - Elsa Forêt, chanteuse et musicienne,
14 - Jocelyne Tournier, alias La Diva rurale, chanteuse et comédienne de Chansons sans vernis.

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