Jocelyne Tournier chante et veut rire du jeunisme ambiant

Festival de la Cour du Vieux Temple 2026 - Grenoble 
(épisode 14)

L'antidote à la sinistrose ? Pour Jocelyne Tournier, il se pourrait bien qu'il réside dans une forme de détachement amusé. Celle qu'on surnomme la Diva rurale - depuis qu'elle a créé un spectacle éponyme, il y a maintenant quelques années - préfère rire du temps qui passe et, tant qu'à faire, chanter. Délaissant la crinoline et la longue robe qu'elle porte volontiers en d'autres occasions, l'artiste viendra au Festival de la Cour du Vieux Temple le 27 août, avec ses Chansons sans vernis. Avis aux (a)mateurs : elle apparaîtra sur scène dans des habits plus courts, portée par le plaisir de "montrer ses mollets avant qu'ils ne mollissent". Une image de soi assumée, pour se moquer de ce qu'on peut imposer aux femmes de son âge...

Formée à l 'art lyrique, Jocelyne chante avec un accordéoniste, dont elle fait un partenaire de jeu.
(c) Photo : Yannick Perrin

"Vous avez remarqué ? À partir d'un certain chiffre, quand on parle de l'âge d'une femme, on ne dit plus les choses précisément. On dit : elle a cinquante ans... et plus". Face à tout ce qu'inlassablement, notre société peut exiger de ses congénères féminines, Jocelyne s'efforce donc de s'amuser. Son spectacle ? Elle le promet tout à la fois sympathique... et grinçant. Apparemment, les oxymores ne lui font pas peur : elle se présente comme "une mezzo-soprano punk des bois" (texto !). L'envie de développer ses propres projets personnels lui est venue quand elle était moins sollicitée comme comédienne. Chanter, elle l'avait déjà fait avec d'autres répertoires, lyrique et jazz, avant de se tourner vers d'autres esthétiques. L'humour caustique de ces drôles de dames, un disque du trio Jacqueline Maillan - Anne-Marie Carrière - Micheline Dax, aura tenu lieu d'élément déclencheur. "Ce que ces trois-là osaient chanter dans les années 50-60 était absolument désopilant et d'un culot incroyable pour l'époque", souligne l'esthète, ainsi encouragée à s'inscrire dans cette lignée pour elle inédite. "J'ai alors cherché à rassembler des chansons de femmes ou racontant des histoires de femmes. Mon idée était de les mettre en parallèle avec toutes les injonctions qui peuvent nous être faites". De quoi interpeller le public et le faire réagir, aussi. L'artiste admet volontiers qu'elle est plutôt "sans filtre", mais elle souligne également : "J'annonce assez vite la couleur". Adepte de l'auto-dérision, elle voit en l'humour des femmes "une arme plus subtile que les hurlements ou la grogne". Jocelyne garde une place pour le jeu et l'improvisation. Elle aime composer avec ce qui se passe lors de la représentation.

Ces Chansons sans vernis, l'artiste les a piochées dans un corpus assez large, associant Brigitte Fontaine, Régine, Juliette ou Ginette Garcin. Les hommes n'en sont pas exclus, Jocelyne ayant retenu quelques morceaux signés Serge Gainsbourg et Jean Yanne, par exemple. Elle n'a assurément aucune intention de provoquer une quelconque guerre des sexes ! L'intention est plutôt de réunir tout le monde dans le rire... et bel et bien de se tourner vers l'ensemble des générations. Pour ce faire, la chanteuse montera d'ailleurs sur scène avec un complice masculin, l'accordéoniste Frédéric Jaupart. Mieux qu'un faire-valoir, un partenaire de jeu. "Je travaille toujours avec des musiciens qui font plus que m'accompagner. J'avais créé ce spectacle avec Claude Gomez, mais il est depuis parti vivre à Buenos Aires. Il m'aura fallu beaucoup de temps avant de trouver son remplaçant. Frédéric et moi nous sommes rencontrés il y a une petite année. Y compris sur le plan musical, c'est un vrai personnage. On se nourrit mutuellement. Je tenais vraiment à ce qu'il y ait de vrais moments d'accordéon dans le spectacle. Qu'on l'entende autrement que pour des flonflons ou du rock festif. Bref, nous formons un véritable duo". Jocelyne en profite pour glisser une petite information, au passage : elle cherche d'autres dates pour présenter leur travail commun. Avant cela, elle se réjouit évidemment de jouer au Festival de la Cour du Vieux Temple. "J'aime Grenoble", dit-elle.

Dans la capitale des Alpes, elle a des amis et, parmi eux, Grégory Faive, qu'elle sera heureuse de précéder de deux heures sur la scène de l'auditorium Olivier-Messiaen - un hasard de programmation dont elle s'est rendue compte récemment. Introduire comme il le fait une (légère ?) dose d'émotion dans le spectacle ne serait certainement pas pour lui déplaire. Cela peut sans doute surprendre, mais, au moment de chanter, Jocelyne aime autant mettre en avant d'autres plumes. Aucun des textes qu'elle a écrits ne lui paraît pouvoir trouver sa place dans la playlist qu'elle compte proposer au public. Pas cette fois, en tout cas. "Pour le coup, je ne suis pas une chansonnière, affirme-t-elle. Je ne sais pas écrire quelque chose de drôle. Il y a toujours une part poétique... ou métaphorique". Pas si mal pour une artiste qui, enfant, se rêvait agricultrice ! Jocelyne raconte avec joie qu'elle a grandi à la campagne et, petite, avait passé beaucoup de temps auprès de voisins travailleurs de la terre. "À leurs côtés, j'ai appris plein de choses utiles, y compris pour la création. J'avais de grands temps d'observation de la nature et, dans ces métiers, il y a également une forme de rituel, assez proche de ce qu'on trouve au théâtre. Tous les jours, à la même heure, l'accomplissement des mêmes gestes, dans le même sens". Il n'est dès lors pas impossible qu'il en reste quelque chose au centre de sa pratique artistique. "Je me suis toujours sentie un peu en décalage, sourit-elle. Quand j'ai commencé à créer mes propres spectacles, je voulais aller les jouer dans les salles des fêtes, en milieu rural. L'intention, c'était d'amener autre chose". Jocelyne n'a pas de regret, mais ne choisirait plus forcément d'être comédienne. Elle s'étonne parfois qu'on puisse croire qu'elle est tout à fait sûre d'elle : "Je suis une grande timide. Une complexée". Militante de la cause des femmes, elle revendique à tout le moins son impertinence. Et entend en faire une source de joie !

Chansons sans vernis
(Jocelyne Tournier alias La Diva rurale) 
À l'auditorium Olivier-Messiaen de Grenoble jeudi 27 août, à 19h00.
Sur Internet : le site officiel de Jocelyne / son profil Facebook / sa page Youtube.

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Festival de la Cour du Vieux Temple 
Édition 2026 - Grenoble, du 22 au 28 août
Minimistan : Cour Marcel-Reymond, rue des Minimes
Auditorium Olivier-Messiaen : 1, rue du Vieux Temple
Programme complet : sur le site du Festival et sur sa page Calaméo.

+ d'autres interviews liées au Festival :
1 - Emmanuèle Amiell, sa directrice artistique,
2 - Émilie Llamas, chanteuse du groupe Les Kitschissimes,
3 - Florie, chanteuse et guitariste solo (À voix nue),
4 - Hélène Gratet, conceptrice et comédienne de Shakespeare in songs
5 - Marion Bounaix, Valérie Scibetta et Gaëlle Sonnier, chanteuses de la chorale Timbawo,
6 - Lionel Damei, chanteur et comédien du spectacle Mon truc en plume d'auteur.e.s,
7 - Daniel Martin, Fernand Catry et Bastien Lombardo, du groupe AutOradiO,
8 - Laurent Galasso et Christophe Scalisi, du groupe Lautof,
9 - Jean Guillaud, du collectif Les Barbarins Fourchus (Pasha Disco Club),
10 - Grégory Faive, concepteur et comédien de Pourvu qu'il nous arrive quelque chose,
11 - Chappi, chanteur et musicien du groupe Astroficus (Horizons partagés),
12 - Violaine Soulier, chanteuse et musicienne des Swingirls (Rêvolutions),
13 - Elsa Forêt, chanteuse et musicienne.

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