Les Picky Banshees nouveaux ont "l'envie de bien faire"

Festival de la Cour du Vieux Temple 2026 - Grenoble 
(épisode 18)

Nécessité fait loi. Quand ils ont le bonheur de jouer en concert, les Picky Banshees le font en s'adaptant aux possibilités du moment. Ils sont toujours au moins deux, mais le groupe peut aussi compter trois, quatre ou même cinq membres. Bonne nouvelle : c'est dans sa configuration maximale qu'il participera au Festival de la Cour du Vieux Temple, le 26 août prochain. Une aubaine qui réjouit Samuel Chaffange, le leader, d'autant que sa bande et lui ne s'étaient plus présentés devant le public de Grenoble depuis un moment. Cette date arrive comme la dernière d'un mois d'août plutôt "copieux" pour la formation iséroise, qui en aura encore d'autres à assurer par la suite, jusqu'au 19 décembre ! De quoi voir du pays...

C'est à cinq - et donc au complet - que les Picky Banshees joueront à Grenoble le 26 août.
(c) Photo : Corinne Bion

Grenoble est une étape particulière. "Tout le monde est un peu excité à l'idée de ce concert, révèle Samuel. On est des locaux et ce n'est pas tous les jours qu'on a une telle occasion de jouer devant nos proches. Et le Festival de la Cour du Vieux Temple fait partie des événements emblématiques : c'est vraiment chouette d'avoir son nom à l'affiche !". L'artiste se dit très heureux de jouer dans ce cadre plutôt que sur une scène ordinaire. Il ressent également un soupçon de pression supplémentaire quand il se rappelle qu'il va probablement le faire devant quelques visages familiers. Un trac qui devrait vite disparaître dès lors que les Picky Banshees seront lancés, sachant que certains d'entre eux connaissent d'ores et déjà les lieux. "Mélanie (Petrarca, la chanteuse) y est sans doute venue avec Sunshine in Ohio. Autre détail amusant : Laurent, notre batteur, sera là deux fois cette année, puisqu'il fait aussi partie d'Astroficus. Bref... on devrait être un peu comme à la maison, au final. Cela ne nous empêche pas d'avoir l'envie de bien faire et de montrer notre évolution". Car oui, les Picky Banhees ont changé ! Le set qu'ils ont conçu pour la tournée actuelle réunit en effet des chansons déjà connues... et quelques morceaux inédits.

La principale nouveauté, depuis quelque temps, vient de la voix féminine. Également violoncelliste et figure bien connue du milieu artistique grenoblois, Mélanie Petrarca a remplacé Cindy Ladakis, la meneuse historique, dont le talent musical s'exprime désormais au sein du groupe Ladasoul. Que l'on se rassure : il n'y a aucune fâcherie derrière cette décision. Samuel confirme par ailleurs que le groupe reste soudé autour de sa démarche, qu'il a ajustée à de nouvelles opportunités et envies. "J'ai toujours un peu de mal à étiqueter notre musique, admet-il. On est ancrés dans cet univers des cowboys américains et des westerns, avec une vision cinématographique : on ne propose pas de country ou de bluegrass, par exemple. Cindy nous apportait une couleur très soul. Réinterprétés par Mélanie, les morceaux changent de couleur. On ne veut pas dire que c'est mieux ou moins bien : c'est différent, voilà. Une autre approche". Systématiquement, c'est aussi le fruit d'un travail collectif. Samuel écrit les textes et compose, mais chacun est amené à "mettre la main à la pâte" pour les arrangements. La cohérence d'ensemble est flagrante à l'écoute de Let's get higher, le superbe premier album des Picky Banshees (2023).

Le groupe ne veut pas nécessairement se précipiter pour en enregistrer déjà un second. La tournée When the heart runs devrait lui permettre d'apporter quelques réponses sur la suite, après avoir pris acte de ce qui fonctionne (ou non). "Aujourd'hui, on peut s'interroger sur l'intérêt de sortir un nouvel opus, quand les gens ont tendance à consommer la musique plus rapidement. Est-ce bien ou mal ? Je laisse chacun en juger, mais l'image est presque devenue plus importante, désormais. Avant, il suffisait de faire un bon disque pour tourner, mais à présent, il faut avoir une communauté, alimenter des réseaux sociaux, tourner des clips... Le boulot a changé. Ce n'est pas forcément très utile de s'ajouter la contrainte d'une sortie physique qui aurait moins d'impact". En quinze ans d'intermittence, Samuel a eu le temps d'observer ces transformations majeures dans l'univers de la culture. Il fait en sorte de les suivre au mieux, sans pour autant se renier. Fidèle à une ligne artistique exigeante et ambitieuse, qui conduit encore les membres du groupe à se présenter costumés, interprètes d'archétypes quelque peu différents de ce qu'ils sont dans la vie de tous les jours. Les Picky Banshees tiennent à cette "mise en scène".

On en verra certainement une illustration dans leur prochaine vidéo, dont la diffusion est attendue à la rentrée prochaine. Au Vieux Temple également, sans doute, et même si Samuel ne pense pas que l'esthétique du concert sera très différente à Grenoble de ce qu'elle serait ailleurs. "Nos petits mots entre deux morceaux pourraient être un peu spécifiques", nuance-t-il. Et d'ajouter qu'en termes de spectacle, il lui arrive de réfléchir à la position exacte des membres du groupe sur la scène. "Un concert des Picky Banshees, ce n'est pas un grand show à l'américaine, mais bon... on n'est pas non plus des robots. Chaque fois, on essaye de s'adapter au lieu qui nous accueille et au public qu'on rencontre. Il fut un temps où on se présentait non pas avec la batterie derrière et les autres devant, mais en arc de cercle. On pourrait un jour revenir à des idées simples comme celle-là, mais qui fonctionnent bien. Notre métier, c'est ça aussi : essayer des choses, se tromper, revenir en arrière. Cette année, on est plutôt dans une logique back to basics. Notre univers visuel et surtout sonore : c'est ce qui fait le liant". Samuel tient beaucoup à la notion de communion avec les spectateurs. Il espère, évidemment, leur offrir un bon moment !

Un concert des Picky Banshees, c'est aussi un voyage dans une Amérique fantasmée.
(c) Photo : Corinne Bion

Son histoire, c'est aussi celle d'un "bon petit Français" (je cite) parti vivre à l'étranger et qui avait alors noué une amitié forte avec un poète écossais. "C'est lui qui m'a un peu initié à l'écriture en anglais. Il était vraiment passionné par les songwriters américains, Bob Dylan, Johnny Cash, Woody Guthrie... des gars qui, en réalité, racontaient tous leurs vies dans leurs chansons. Cela a été une première amorce pour moi qui, bien que toujours bercé par de la musique en tous genres, n'ai pas de musicien dans la famille". Samuel indique aussi qu'une partie de ses influences vient du septième art : "J'ai toujours été passionné par les grands films américains, dans les grands espaces, et par leurs bandes originales. Pour moi, c'était le plus important. Gamin, c'est limite si je ne passais pas plus de temps à écouter qu'à regarder les images". Il en est ressorti un goût prononcé pour des sons capables de plaire à toutes les générations. "Notre set est fait de cela. On y mettra à la fois des ballades folk et des morceaux de gros rock, aussi bien que des airs plus planants, à la Mark Knopfler ou Pink Floyd... je le dis avec modestie. Pas de règles ! Il y a plein d'ingrédients différents que j'aime utiliser pour faire notre petite mixture". Changer encore, demain ? L'artiste y songe, bien sûr, mais il ne voudrait surtout pas dérouter - et encore moins décourager - ses programmateurs. Rester identifiable : c'est l'un de ses objectifs. Mais il ne s'interdit sûrement pas, un jour ou l'autre, de chanter en français...

Picky Banshees - Where the heart runs
À Grenoble, cour du Minimistan mercredi 26 août, à 19h00.
Sur Internet : le profil Facebook du groupe / son compte Instagram / sa chaîne Youtube.

----------
Festival de la Cour du Vieux Temple 
Édition 2026 - Grenoble, du 22 au 28 août
Minimistan : Cour Marcel-Reymond, rue des Minimes
Auditorium Olivier-Messiaen : 1, rue du Vieux Temple
Programme complet : sur le site du Festival et sur sa page Calaméo.

+ d'autres interviews liées au Festival :
1 - Emmanuèle Amiell, sa directrice artistique,
2 - Émilie Llamas, chanteuse du groupe Les Kitschissimes,
3 - Florie, chanteuse et guitariste solo (À voix nue),
4 - Hélène Gratet, conceptrice et comédienne de Shakespeare in songs, 
5 - Marion Bounaix, Valérie Scibetta et Gaëlle Sonnier, chanteuses de la chorale Timbawo,
6 - Lionel Damei, chanteur et comédien du spectacle Mon truc en plume d'auteur.e.s,
7 - Daniel Martin, Fernand Catry et Bastien Lombardo, du groupe AutOradiO,
8 - Laurent Galasso et Christophe Scalisi, du groupe Lautof,
9 - Jean Guillaud, musicien du collectif Les Barbarins Fourchus (Pasha Disco Club),
10 - Grégory Faive, concepteur et comédien de Pourvu qu'il nous arrive quelque chose,
11 - Chappi, chanteur et musicien du groupe Astroficus (Horizons partagés),
12 - Violaine Soulier, chanteuse et musicienne des Swingirls (Rêvolutions),
13 - Elsa Forêt, chanteuse et musicienne,
14 - Jocelyne Tournier, alias La Diva rurale, chanteuse et comédienne de Chansons sans vernis,
15 - Xavier Bray, chanteur et musicien du groupe Beau Sexe,
16 - Lison Debrrières, autrice et comédienne du spectacle Cabales, 
17 - Katia Juilliard, metteuse de scène d'Addition,
19 - Nicolas Prugniel, comédien de Lumière, histoire d'une hors-la-loi.

Commentaires