Grégory Faive revisite Philippe Torreton pour le plaisir

Festival de la Cour du Vieux Temple 2026 - Grenoble 
(épisode 10)

Sa compagnie, Le Chat du Désert, fête ses vingt ans au cours de cette année 2026. Lui rappelle dans un soupir-sourire qu'il vient de souffler sa cinquantième bougie. "Cela conduit à une introspection, qu'on le veuille ou non", assure-t-il en guise de commentaire. Que ses inconditionnels se rassurent : l'heure des adieux à la scène n'a pas sonné pour Grégory Faive. C'est même avec un enthousiasme manifeste qu'il s'apprête à reprendre son solo Pourvu qu'il nous arrive quelque chose dans le cadre du Festival de la Cour du Vieux Temple. À Grenoble, donc, à l'auditorium Olivier-Messiaen, le soir du 27 août.

Grégory défend une approche un peu "concert de rock" : pas question de rester figé sur scène !
(c) Photo : Pascale Cholette

Créé en 2011, ce spectacle s'appuie sur un texte que Grégory aime beaucoup : celui du Petit Lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton. Il a été joué plus de cent fois, jusqu'en 2018 d'abord, puis à nouveau depuis 2023 et une autre date symbolique : les 30 ans de l'ex-journal culturel grenoblois, Le Petit Bulletin. "Miracle : il a recommencé à intéresser les salles et est reparti sur les routes", explique son interprète, très heureux de renouer avec "le spectacle-charnière de la compagnie". Avec lui seraient en effet venus les premiers succès et, dès lors, une forme de reconnaissance. Grégory confie volontiers qu'au tout départ, il avait envisagé de bâtir quelque chose autour de ses textes préférés. "Oui, c'était un peu narcissique...". Quand ses parents lui ont offert le livre de Torreton, il a eu un déclic et son envie s'est progressivement transformée. "J'avais d'abord pensé utiliser quelques définitions entre les textes, mais ça n'est pas du tout ce qui s'est passé, finalement ! Aujourd'hui, les définitions du Lexique occupent presque toute la place et je les entrecoupe avec d'autres écrits que je conçois comme des respirations pour entendre d'autres écritures". Le comédien a très logiquement pioché dans ce qu'il aimait aussi.


Avec Pourvu qu'il nous arrive quelque chose, Grégory veut varier les plaisirs. Il met dès lors en avant les plumes d'auteurs aussi divers que Shakespeare, Racine, Jean-Luc Lagarce, Raymond Devos et Muriel Robin. Son amour avéré du théâtre repose avant tout sur la relation qu'il peut tisser avec le public. "Je m'intéresse à ce qui se passe entre celui qui est sur scène et celui qui est venu l'écouter, à la manière dont ces deux-là peuvent se parler, à ce qu'ils peuvent éventuellement faire ensemble. De quoi un comédien est-il fait ? Qu'attend le spectateur, au juste ? Que va-t-il comprendre ? Est-il content ou pas ?". Pas question de tout révéler de ce qui en ressort, bien sûr. Grégory indique juste qu'au moment où le spectacle commence, son personnage a pratiquement oublié les raisons de sa présence. Un inconfort qui paraît l'amuser beaucoup. Est-ce parce qu'il maîtrise le sujet ? Peut-être - je ne sais pas s'il évoquera le trac. Un constat : il parle toujours au pluriel. Beaucoup de "Nous" dans ses propos... et nettement moins de "Je". C'est l'occasion d'évoquer l'apport de ses complices restés hors de la scène, ses techniciens son et lumière et Anne Castillo, pour la collaboration au travail d'adaptation. Grégory tenait surtout à ne pas apparaître comme quelqu'un qui récite ou qui délivre un cours magistral sur le théâtre. Même si la France a changé en quinze ans, il restera le même, mais s'autorisera à improviser, selon le feeling du moment...

La hantise de Grégory : que le public s'ennuie. Sauf s'il en a temporairement décidé ainsi, bien sûr...
(c) Photo : Pascale Cholette

Une certitude : quand cela s'avère possible, le comédien aime dépasser le quatrième mur censé le séparer de son public. Ne pas rester figé, parcourir la scène, sauter, s'autoriser des mimiques... et faire rire, aussi, lorsqu'il en a l'opportunité. C'est une part évidente de son intention : "Même si on joue aussi pour faire voyager les gens vers d'autres univers, je conçois la représentation comme un temps de partage, dit-il. Dans Pourvu qu'il nous arrive quelque chose, il y a deux moments particuliers où je dépends vraiment de l'interaction avec la salle. Et s'il ne passe rien ? Pas grave : tout va bien et j'avance !". L'important pour lui reste que le public apprécie de le voir défendre Philippe Torreton... à la manière de Grégory Faive. Aucune fierté mal placée derrière ce souhait, cela dit : juste du plaisir. Et du respect pour l'auteur originel, évidemment. "Philippe Torreton n'est pas pour moi une idole ou un maître, mais simplement un acteur que j'aime énormément. Un orateur également, dont j'apprécie les prises de parole et la manière de s'exprimer. Un auteur, enfin : j'ai trouvé son livre très inspirant. Son rapport au théâtre m'a beaucoup intéressé. Au-delà de tel ou tel personnage, je fais plutôt partie de ceux qui fonctionnent avec les textes et leur musicalité. Lui aussi, je crois, et j'ai senti une familiarité avec ce qu'il pouvait dire". Les deux hommes n'ont jamais joué ensemble, mais ils se sont rencontrés. Et Philippe aurait aimé le travail de Grégory ! "J'ai fait un chemin vers sa manière de parler, mais je veux laisser croire que c'est bel et bien moi qui parle, comme si tout était inventé sur l'instant. D'ailleurs, attention: cela peut créer un peu de confusion avec ce que je pense, mais le spectacle reste une oeuvre de fiction !". Une fiction déjà jouée devant quelques spectateurs ou face à plusieurs centaines de personnes. Et sans aucune lassitude.

Pourvu qu'il nous arrive quelque chose
(Grégory Faive - Compagnie Le Chat du Désert)
À l'auditorium Olivier-Messiaen de Grenoble jeudi 27 août, à 21h00.
Sur Internet : la page Facebook de la compagnie / son site Internet / son compte Instagram.

----------
Festival de la Cour du Vieux Temple 
Édition 2026 - Grenoble, du 22 au 28 août
Minimistan : Cour Marcel-Reymond, rue des Minimes
Auditorium Olivier-Messiaen : 1, rue du Vieux Temple
Programme complet : sur le site du Festival et sur sa page Calaméo.

+ d'autres interviews liées au Festival :
1 - Emmanuèle Amiell, sa directrice artistique,
2 - Émilie Llamas, chanteuse du groupe Les Kitschissimes.
3 - Florie, chanteuse et guitariste solo (À voix nue),
4 - Hélène Gratet, conceptrice et comédienne de Shakespeare in songs
5 - Marion Bounaix, Valérie Scibetta et Gaëlle Sonnier, chanteuses de la chorale Timbawo,
6 - Lionel Damei, chanteur et comédien du spectacle Mon truc en plume d'auteur.e.s,
7 - Daniel Martin, Fernand Catry et Bastien Lombardo, du groupe AutOradiO,
8 - Laurent Galasso et Christophe Scalisi, du groupe Lautof,
9 - Jean Guillaud, du collectif Les Barbarins Fourchus (Pasha Disco Club).

Commentaires