Poète nomade, Elsa Forêt a peut-être trouvé sa voix...

Festival de la Cour du Vieux Temple 2026 - Grenoble 
(épisode 13)

Après le Pasha Disco Club du 22 août au soir, elle sera, le 23, la première à se produire sur la scène du Festival de la Cour du Vieux Temple édition 2026. Heureuse de cette opportunité, Elsa Forêt souligne d'emblée qu'elle n'y montera pas seule. Avec elle, trois partenaires : Caroline Steinmetz comme choriste, Catherine Silvestre à la basse et Julien Lescure au cajón. Elsa a construit un set à partir de chansons de son premier album et d'inédits du second, qui marquera ses débuts en solo et sortira l'an prochain. "Mettre mes premières compos sur un album les a un peu figées et m'a permis de passer à un autre. J'écris un peu différemment, aujourd'hui", dit-elle en parlant de son cheminement artistique. C'est presque un chemin de vie.


La jeune femme est née de parents étrangers, "dans une famille qui accorde de l'importance à la pratique d'un instrument". Enfant, elle a commencé par le violon classique, en suivant une formation à l'oreille, puis s'est tournée vers le piano jazz. Sans réussir à maîtriser le solfège, elle a monté un groupe de ska quand elle avait quinze ans, avec une dizaine d'amis. "Plusieurs sont passés professionnels aujourd'hui". Plus tard, elle a quitté notre pays, a acheté un premier ukulélé et a appris toute seule, à partir de vidéos Internet. Puis, voilà déjà une quinzaine d'années, elle a démarré comme artiste de rue. "Passer à la scène, devant un public venu pour me voir, c'est beaucoup plus récent, indique-t-elle. C'est arrivé après le Covid. Après dix ans de thérapie, aussi, sans quoi je n'aurais jamais eu le cran de me dire que ce que je propose peut être intéressant, toucher d'autres gens et faire bouger les choses". Sa voix est très calme, posée. Parce qu'Elsa se connaît mieux ? Possible...


À notre rendez-vous, elle m'a présenté Antoine, l'un de ses amis. Ils venaient de tourner les images du clip d'une chanson dédiée aux femmes victimes de violences, un projet qui associe sept d'entre elles. Parce qu'elle en a aussi subi, Elsa prend naturellement les choses à coeur et diffuse déjà un petit aperçu sur sa page Facebook. Pas de doute : la musicienne met beaucoup d'elle dans ses créations. Elle fait appel à son instinct : "Ça sort de moi et parfois, je me dis que c'est pas mal lorsque je réécoute le lendemain". Si le public suit, c'est bien, mais l'artiste estime qu'elle écrit d'abord... pour elle-même. Elle y tient : "Il y a quelque chose d'authentique, d'intime, de très brut dans ce que je propose. C'est ce qui touche les gens. J'attache beaucoup d'importance à mes paroles, à la poésie qu'elles dégagent. Chacun demeure ensuite libre de les interpréter à sa façon". Ses séjours et rencontres hors des nos frontières l'ont amenée à écrire souvent en anglais ou en espagnol. Désormais, revenue en France "grâce à (son) fils", Elsa est heureuse d'utiliser le français. Ses influences ? "J'ai des goûts éclectiques, souligne-t-elle. Dans ma jeunesse, je suivais beaucoup de groupes comme La Rue Kétanou ou Tryo... et il y a sûrement de cette teinte-là dans mes textes. Plus récemment et du point de vue musical, je me sens très inspirée par Pomme. J'écoutais aussi des artistes comme Joanna Newson ou Björk. Je suis devenue une vraie fan de la chanson latino-américaine, surtout chantée par des femmes, et de la musique sud-africaine. Et chez mes parents, c'était souvent du jazz. Ou du classique". Tout cela se mélange sans doute un peu. Elsa aime beaucoup improviser. Elle estime même le faire un peu trop, parfois...


Le bon équilibre, la chanteuse est "en train de le trouver". Après un premier album enregistré chez elle, avec des musiciens non-professionnels, elle compte "travailler plus finement" sur la production du second, s'affirmant lucide sur ses limites techniques. "J'avais un grand plaisir à parler l'anglais et l'espagnol et aujourd'hui, je découvre que je suis capable aussi d'écrire en français. C'est un peu nouveau pour moi et cela me touche, car une partie de moi s'est ainsi réconciliée avec la culture française. J'avais auparavant un petit problème d'identification". Elle se voit donc évoluer, mais n'a pas l'intention de se renier. "Avoir grandi comme moi en contact avec plusieurs cultures, cela ne peut être qu'une richesse dans le monde qui nous attend". Ses valeurs ? Le mieux est de les percevoir dans ses chansons. Elle sourit : "Je pense que mes textes sont assez clairs. Dans mon nouvel album, il y aura d'ailleurs une partie très féministe". Y voir cependant le signe d'un engagement militant serait peut-être aller trop loin. Elsa le dit avec une belle sincérité : "Le grand cadeau que la vie m'a donné, c'est cette capacité à dépasser mes émotions. Tout passe dans mes chansons, l'obscurité et la lumière en même temps. C'est un message en soi. Une façon de voir la vie qui me fait du bien". Une manière d'être, en somme, que cette passionnée a le souhait d'incarner. "C'est aussi ce qui fait que j'ai eu le courage de passer à l'intermittence. Je crois bien qu'aujourd'hui, je suis prête pour cela. Qu'au-delà de ce que je produis de chouette, il y a une présence. Bon... ce n'est pas grave si les gens ont un ressenti différent". Elsa ajoute tout de même : "Écouter quelqu'un me dire à quel point je l'ai touché, c'est clairement pour ça que je fais ce métier".

Elsa Forêt
À Grenoble, cour du Minimistan
 dimanche 23 août, à 17h45.
Et ensuite... en groupe à l'Atrium (Le Fontanil-Cornillon) le 11 septembre et en solo à la Pirogue (Grenoble) le 25.
Sur Internet : le site officiel d'Elsa / son profil Facebook / sa page Youtube.

----------
Festival de la Cour du Vieux Temple 
Édition 2026 - Grenoble, du 22 au 28 août
Minimistan : Cour Marcel-Reymond, rue des Minimes
Auditorium Olivier-Messiaen : 1, rue du Vieux Temple
Programme complet : sur le site du Festival et sur sa page Calaméo.

+ d'autres interviews liées au Festival :
1 - Emmanuèle Amiell, sa directrice artistique,
2 - Émilie Llamas, chanteuse du groupe Les Kitschissimes,
3 - Florie, chanteuse et guitariste solo (À voix nue),
4 - Hélène Gratet, conceptrice et comédienne de Shakespeare in songs
5 - Marion Bounaix, Valérie Scibetta et Gaëlle Sonnier, chanteuses de la chorale Timbawo,
6 - Lionel Damei, chanteur et comédien du spectacle Mon truc en plume d'auteur.e.s,
7 - Daniel Martin, Fernand Catry et Bastien Lombardo, du groupe AutOradiO,
8 - Laurent Galasso et Christophe Scalisi, du groupe Lautof,
9 - Jean Guillaud, musicien du collectif Les Barbarins Fourchus (Pasha Disco Club),
10 - Grégory Faive, concepteur et comédien de Pourvu qu'il nous arrive quelque chose,
11 - Chappi, chanteur et musicien du groupe Astroficus (Horizons partagés),
12 - Violaine Soulier, chanteuse et musicienne du groupe Les Swingirls (Rêvolutions),
14 - Jocelyne Tournier, alias La Diva rurale, chanteuse et comédienne de Chansons sans vernis,
15 - Xavier Bray, chanteur et musicien du groupe Beau Sexe,
16 - Lison Desbrières, autrice et comédienne du spectacle Cabales,
17 - Katia Juilliard, metteuse de scène d'Addition,
18 - Samuel Chaffange, chanteur et musicien du groupe Picky Banshees,
19 - Nicolas Prugniel, comédien de Lumière, histoire d'une hors-la-loi.

Commentaires